Cela Est Tellement Abjecte

Accompagnement musical proposé : In the Shadows – The Rasmus

Accompagnement gustatif proposé : Pain d’épices

Edit du 25 Octobre : le gouvernement doit aujourd’hui présenter un plan d’accompagnement mais aucune modification ne semble prévue malgré une demande des députés au sein même de la majorité. Les éleveurs dans la filière de la viande bovine s’inquiètent tout particulièrement.

Ou « Capillotracté Et Très Absurde » ou encore « Confus Et Totalement Abscons » même si j’ai ouï dire que ça voulait aussi signifier « Comprehensive Economic Trade Agreement ».
Le CETA, quoi.
Je précise que « comprehensive » est un faux ami et se traduit par « global » et  non par « compréhensif ». Non parce que sinon, ça ne serait pas simplement un sale coup en loucedé mais du vrai foutage de gueule en direct. Donc rassurons-nous, dans cet accord, nulle mention de compréhension des un.e.s envers les autres et surtout pas envers nous, citoyen.ne.s, ouf ! J’ai eu peur que, pour une fois, on prenne les problèmes sociaux et environnementaux au sérieux.

Il suffit pour redescendre sur Terre de lire quelques chiffres édifiants sur le Canada, pays avec lequel le notre s’engage à signer des accords de libre-échange :
. Il autorise encore 46 substances actives interdites chez nous
. Les limites maximales de résidus de pesticides sont bien plus élevées que dans l’UE
. La culture des OGM y est autorisée depuis 1995
. La vente de saumon transgénique y a été autorisée en Juillet 2017 sans même laisser la possibilité au peuple de savoir s’il en a consommé
. Il existe de « nouveau-OGM » (la mutation réalisée est apparemment plus sûre) que le Canada ne classe même pas dans la catégorie OGM
. Le rinçage et le traitement au chlore de la viande bovine et de poulet sont autorisés 1

Si c’est pas chouette tout ça.

Alors, oui, il existe de nombreuses clauses et évaluations dans le CETA permettant normalement de correctement gérer ces différences majeures entre nos pays afin d’éviter l’importation de viande bourrées d’OGM et lavées au chlore en France. Néanmoins, outre le fait que les demandes françaises se heurtent à la logique canadienne (difficulté d’alignement principalement liées à l’étiquetage) d’autres problèmes se posent, pas uniquement d’ordres sanitaires et écologiques mais éthiques. Concernant le bien-être animal, le Canada est très en retard par rapport à l’UE par exemple et le CETA n’est en aucun cas coercitif.

Elles ne sont pas mignonnes ces futurs brochettes à griller au barbecue vivant sur caillebotis et complémentées en B12 ?
Source : Conseil Canadien du Porc

Les densités d’animaux ne sont pas les mêmes, le transport ou la cadence d’abattage non plus; or comme la traçabilité n’est pas non plus la même qu’en Europe – où les animaux sont tracés dès leur naissance -, il ne sera pas simple de savoir comment ont été élevés les animaux. Nous aurions pu espérer une amélioration de la condition animale grâce au CETA mais au lieu d’obliger les pays à s’aligner sur celui ayant la meilleure déontologie, ce traité ne mentionne qu’une coopération accrue entre les Parties. L’Europe exige par exemple 750 cm2 par poule, alors que au Canada, les normes sont actuellement de 465 cm2.  « La cage en mode enrichi mesure 244 cm de large et 70 cm de profondeur, pour contenir 32 poules » d’après le site LaTerre.ca. Tout à fait personnellement, je n’y enfermerais même pas un seul lapin, mais passons.

Cela soulève un autre problème, celui de la concurrence et du prix de la viande produite forcément à plus bas coût au Canada puisque les normes y sont moins rigoureuses. Or, après plusieurs années de crises économiques et de défiance du consommateurs vis-à-vis de la filière viande, est-ce réellement une idée judicieuse de fragiliser encore celle-ci ?

Autre chose également, d’extrêmement inquiétant : les clauses destinées à préserver le droit de l’Etat de réglementer, à préserver sa souveraineté. En résumé, si l’UE décide d’interdire un produit venant du Canada, elle doit prouver qu’elle ne le fait pas par protectionnisme ou par mesure discriminatoire. On ne peut en aucun cas justifier ce choix uniquement par une décision environnementale puisque, selon le CETA, il faut de toute façon prouver que la mesure n’est ni discriminante, ni protectionniste. Il faut dire que depuis les révélations des saumons transgéniques vendus sans étiquetage (puisqu’il n’est pas obligatoire sauf si le produit contient des substances allergènes …) il ne faut pas attendre beaucoup de la part du Canada en matière d’éthique. D’ailleurs, l’alimentation des animaux n’est pas prévu dans le CETA, en ce qui concerne les farines animales, les OGM etc.

Par ailleurs, l’étiquetage pose un réel problème. On a évoqué plus haut le principe de non-discrimination et c’est un casse-tête qui ne date pas d’hier avec le Canada. En 2009, suite à l’instauration par les Etats-Unis d’un étiquetage permettant au consommateurs de savoir d’où venait la viande bovine, le Canada les a attaqué pour discrimination et a gagné 2 ce qui est quelque peu angoissant pour la coopération future entre nos pays, d’autant que les Français.e.s souhaitent de plus en plus une traçabilité accrue.

Bon, tout cela, le rapport Schubert, du nom de sa présidente, Katherine Schubert, l’explique très bien, il est en accès libre sur Internet ici et est très clair. L’ensemble des membres n’a eu que quelques semaines pour monter ce dossier explorant les moindres failles du CETA, puisque le Premier Ministre a demandé ce rapport le 5 Juillet 2017. Sachant que le CETA possède plus de 2 300 pages, on peut dire que cette commission a fait un travail extraordinaire, clair et accessible pour n’importe qui et qui résume très bien en quelques pages les dangers analysés et les recommandations à suivre pour éviter ces premiers.
Or, lors de la remise de ce rapport, le 8 Septembre, il n’a pas été pris en compte par le gouvernement car « trop tardif »3

Cela s’appelle se foutre ouvertement de la gueule des gens. Dans le même temps, notre Président parlait de certain.e.s Français.e.s comme de fainéant.e.s; on peut douter que les experts de la Commission Schubert en fassent parti mais qu’importe après tout, leur travail était caduque avant même d’être rendu puisque ce n’était vraisemblablement qu’un nouveau coup de comm’. Si Nicolas Hulot ne souhaite pas continuer à faire parti de cette promo déjà salie, il devrait soit publiquement affirmer son désaccord franc au gouvernement, soit le quitter; en attendant, il s’associe à un mouvement ultra-libéral et tristement productiviste.

Pour conclure, lorsque Nicolas Hulot affirme que la France est leader pour la lutte contre le réchauffement climatique, il me semble qu’il aime oublier qu’en signant avec le Canada, ce leadership est remis en cause. Le Canada possède de grandes ressources de pétrole dont 90% sont issus de sables bitumeux et l’extraction de ceux-là produit 41% de plus de gaz à effet de serre qu’un baril classique. Si pour l’instant 99% de ce pétrole est exporté au Etats-Unis (2016), on ne peut s’empêcher de craindre, à cause du projet d’oléoduc refusé par Obama mais accepté par Trump que la donne ne change dans les années à venir. Or, le même problème pour que les OGM se pose : est-ce que l’étiquetage de l’origine du pétrole sera autorisé ou bien le Canada considérera encore une fois cette mesure comme discriminatoire ?

Allez, une jolie photo d’une zone d’extraction de sables bitumeux pour finir :

Zone d’extraction de sables bitumeux
Source : Greenpeace

 

 

1.Rapport Schubert – pp. 45-46
2. www.wto.org

3. LeMonde

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