Culte du physique #1

Accompagnement musical proposé : Gem lé moch’ – Stupeflip

Accompagnement gustatif proposé : Mugcake aux pépites de chocolat

Sujet à la mode ces derniers jours, qui me trotte dans la tête depuis … Fort longtemps.

Nous vivons dans une société normée, comme toutes les sociétés, où le fait de sortir de ce cadre est souvent mal vu. Que ce soit à propos de la profession, les passions, le mode de vie, il est généralement de bon ton de rester sagement dans la norme.
Le physique n’y échappe pas, loin de là. Actuellement, en France, la mode est aux femmes grandes, fines, musclées, longues jambes surmontées de fesses rondes, un ventre plat sous une paire de seins avantageuse. Les hommes sont aussi victimes de ce diktat puisqu’il leur faut être grands, musclés, porteurs de barbe car synonyme de virilité, protecteurs … Néanmoins, sans diminuer l’impact que la société a sur eux, il me semble qu’il est moindre que sur les femmes. Je vais ainsi plus m’attarder sur le genre féminin mais n’occulte pas pour autant la pression sur les hommes puisqu’elle existe et cause également bien des souffrances.

La rareté crée la beauté. Plus une chose est rare, plus elle est chère, précieuse, considérée comme belle. Lors des périodes de famine, ce sont les femmes bien en chair qui sont vues comme belles puisque cela signifie qu’elles ont des ressources financières suffisantes pour manger, ou bien un corps capable de survivre plus aisément que d’autres ce qui inconsciemment joue un rôle dans l’attirance sexuel. Dans notre société d’hyper consommation où la nourriture est largement gaspillée, c’est la vision d’une femme mince qui attire l’attention : cela signifie dans notre imaginaire qu’elle possède un contrôle sur elle-même pour ne pas manger tout ce qui est à sa disposition.

Un beau jugement comme on les aime !
Source : Les Filles du Web

Même si cette mode de la minceur ne date pas d’hier, elle a beaucoup évolué ces dernières années. Dans les années 2000, le corps filiforme était réellement porté aux nues, bien plus que maintenant où avoir de gros seins, un fessier imposant et des cuisses solides sont plutôt considérés comme des points positifs. Or cela n’a pas toujours été ainsi, loin de là. Selon les époques et les pays, chaque physique peut avoir été beau. Au Moyen-Âge, les seins les plus prisés étaient ceux petits et écartés; ce que beaucoup redoutent d’avoir à notre époque. Le ventre, au contraire de maintenant, ne se devait pas d’être plat mais plus rebondi. De même, la blancheur de la peau était un signe distinctif de beauté, associée à la pureté ainsi qu’au fait de ne pas avoir besoin de travailler dans les champs, ce qui indiquait par la même son rang social (chez nous, les congés payés ont inversé la tendance).

Les changements de canons de beauté sont très fréquents, même si on reste dans la minceur ces dernières décennies, de nombreux critères varie d’une période à l’autre. L’étude des « James Bond Girls » est en parfaite adéquation avec ce propos : chaque  femme dans ces films est une représentante parfaite de la norme de son temps.

Partant de ce principe, à savoir que les canons de beautés évoluent sans cesse, pourquoi nous acharnons-nous à obtenir coûte que coûte un physique qui ne sera plus idéal d’ici dix ans ? Ne vaudrait-il pas mieux se concentrer sur l’image que l’on a de soi afin de l’accepter au mieux sans chercher à se comparer à son.sa voisin.e ?
Le seul impératif est de se sentir au mieux avec soi-même. Inutile de chercher à être la plus fine possible par exemple si cela ne correspond pas avec le fonctionnement de son corps. Certaines personnes sont prédisposées à avoir un IMC de 17 tandis que celui d’autres personnes dépasseront le 25 sans pour autant mettre leur santé en danger. A coup de privation, de mésestime de soi, il est trop facile de tomber dans les troubles alimentaires – mais bien plus difficile d’en sortir. Or, dans notre société où la minceur est une valeur refuge et où la nourriture est abondante, les anorexiques sont étrangement souvent considéré.e.s comme capricieux.euses. On les blâme de ne pas manger alors que d’autres continents meurent de faim – il faudra un jour que l’on m’explique le rapport d’ailleurs – mais on leur reproche également de trop se laisser porter par le regard des autres.
Fascinante hypocrisie : les critiques sont quotidiennes sur les personnes en surpoids mais en face d’une personne anorexique, on minimise le fait de juger les autres et on affirme qu’en réalité, personne ne s’intéresse au physique. Ou, pire encore, on tente de secouer le.la malade en lui faisant remarquer que, franchement, les os qui sortent, c’est vraiment moche et que, vraiment, iel pourrait faire un effort. Merde alors, c’est vrai quoi, c’est évident que pour faire sortir une personne anorexique de sa coquille, il faut en rajouter une couche sur son corps. C’est évident.
Et ne parlons même pas des boulimiques/hyperphages qui sont encore plus vilipendé.e.s car incapables de se retenir de manger de grosses quantités de nourriture, pour la vomir – ou non – après.

Dans le monde du travail, il est également commun de constater que la beauté – somme toute relative donc – joue un rôle important dans l’embauche 1 . Ce n’est pas un scoop certes mais cela reste inacceptable. Les CV sans photo ni nom devraient se généraliser, non seulement par rapport au racisme ainsi qu’au sexisme mais également pour lutter contre les discriminations physiques. Lorsqu’on embauchera un.e présentateur.trice en fonction uniquement de ses qualités journalistiques et non de son physique, les choses pourront commencer à bouger. On rétorque souvent que c’est plus agréable de contempler une personne (ou un objet …) considérée comme belle. Absolument, c’est vrai. Mais uniquement dans un premier temps, le temps de connaître mieux ladite personne et en se basant seulement sur les modes de notre époque. De plus, moins on verra de personnes « parfaites » sur les plateaux télé, moins le physique aura de l’importance. Ce n’est pas en reléguant les vus comme moches au fond de la salle qu’on pourra faire changer les choses.

Comment prendre confiance en soi lorsque l’on ne rentre pas parfaitement dans le moule ? Comment apprendre à ne pas juger un physique à l’emporte-pièce ? Sans occulter non plus l’interdiction tacite pour les gens considérés comme beaux de se plaindre de leur corps. Ce sera le thème d’un futur article.

1. Blog-emploi

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