Éloge de l’égarement #2

Se perdre pour mieux s’ancrer

Accompagnement musical proposé : Every Breath You Take – Sting

Accompagnement gustatif proposé : Panna cotta vanillé et coulis de framboise

Si cela n’a pas la même authenticité qu’à pied, apprendre à se perdre en voiture est aussi une façon de s’ouvrir au monde d’une autre manière. Manière nettement moins fatigante par ailleurs.

Se réapproprier son environnement en oubliant de brancher son GPS lorsque l’on part découvrir un endroit est une expérience parfois étonnante. Sans les injonctions perpétuelles de Miss-j’ai-un-balai-où-je-pense , nous nous obligeons à devoir réellement prêter attention aux panneaux, bien souvent pourvus d’indications précieuses nous indiquant lequel une forêt, lequel un château, lequel une cascade … des lieux bien trop souvent occultés par notre empressement à arriver au « bon » endroit, guidés par un GPS peu fantaisiste.

Si nous n’avons pas d’impératif horaire, il est bon de se détacher de cet outil; il suffit de repérer en amont plusieurs villes clefs pour aller sans encombre dans la bonne direction, sans pour autant laisser de côté les petits trésors du monde qui nous entoure.

De plus, s’égarer et errer de lieux inconnus en lieux inconnus nous permet d’acquérir une nouvelle cartographie de notre environnement. Combien d’entre nous faisons systématiquement le même trajet jusqu’au travail, sans jamais dévier de notre parcours – car plus pratique, plus rapide, plus rassurant ? C’est d’ailleurs suite à des travaux, au moment où nous devons emprunter un autre itinéraire que nous nous rendons compte de notre méconnaissance profonde des lieux, ignorant le visage du village voisin, de la rue parallèle …

Tout cela est certes bien beau, mais à quoi cela peut bien me servir de connaître la ville d’à-côté ? Cela me donnera-t-il un avantage pratique pour aller chaque matin au travail ?

Certes non, mais cela permet tout simplement d’élargir son champ de vision et donc de mieux s’ancrer dans l’espace. Si l’on se sent généralement bien chez soi, dans notre ville, c’est parce que nous en connaissons tous les petits recoins, les culs de sacs et raccourcis en tout genre. Nous en avons une carte mentale riche, sachant nous y déplacer facilement et sans hésitation. Un espace dont, au contraire, nous ne connaissons qu’une route est hostile et difficile à s’approprier.

Faites donc l’expérience : allez vous perdre dans une ville que vous ne connaissez pas et observez tout autour de vous tout en suivant vos pieds. Accordez de l’importance aux détails, aux enseignes, au sol, aux gens … Ancrez les lieux dans votre mémoire par des souvenirs – visuels bien sur mais aussi tactiles, olfactifs, auditifs ou gustatifs. Si quelques temps après, on vous demande des renseignements sur ladite ville, vous pourrez vous rendre compte que vous aurez encore une foultitude d’anecdotes à transmettre ainsi que la majorité de vos repères spatiaux car vous les aurez parfaitement associés à vos souvenirs.

En jouant à explorer notre environnement, nous retrouvons une parcelle de l’âme de l’enfant que nous étions, celleux qui ne rêvait que de parcourir la Chine, le Shara ou le Tibet …

Et si nous commencions par le village d’à-côté ?

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