« Je m’en fiche d’être surveillé.e, je n’ai rien à me reprocher, moi »

Accompagnement musical proposé : Think – Aretha Franklin

Accompagnement gustatif proposé : Cookies crus

Combien de fois avons-nous pu entendre cette phrase depuis la restriction de certaines libertés suite à la mise en place de l’état d’urgence ? Cette dernière, si peu efficace pour contrer le terrorisme (notre loi est déjà très efficace, des 17 attentats terroristes déjoués pendant l’état d’urgence, très peu l’ont été grâce aux dispositifs habituels) mais si épatante pour faire taire manifestant.e.s, altermondialistes, écologistes 1  …

Penchons-nous un peu sur cette phrase avant tout chose. Soulignons d’abord l’importance du « moi », bien souvent très appuyé par nos interlocu.teurs.trices. Ainsi, la personne s’exclue d’office d’une masse qu’elle semble considérer comme moins responsable qu’elle, moins respectueuse des lois; instaurant alors immédiatement un climat de défiance vis-à-vis des autres. La suite est risible « je n’ai rien à me reprocher ». En se basant sur quoi ? La loi actuelle ? Qui non seulement évolue tous les jours mais qui parfois n’est ni légitime ou même anticonstitutionnelle 2 . ? Éternel combat de la morale face à l’obéissance aveugle … Mais cela sera le sujet d’un prochain article. Admettons qu’une personne n’ait effectivement strictement rien à se reprocher. Du moins consciemment. Sait-elle que son téléphone peut être mis sur écoute juste parce qu’un vol commis par une bande organisée a été perpétué non loin de chez elle ? 3 . Je doute que beaucoup de gens accepteraient le fait de savoir ses textos personnels espionnés par un quidam. Néanmoins, si cela ne gêne pas, allons plus loin : la pornographie est autorisée, se masturber également. Les personnes clamant qu’elles n’ont rien à se reprocher ne verraient donc pas d’inconvénient à se savoir surveillées dans le cadre intime d’une masturbation devant un magasine pornographique ? Ou tout simplement en conversation avec n’importe quel.le ami.e ou juste de vaquer à ses occupations ?

Sous couvert de sécurité, combien de personnes accepteraient-elles réellement d’être surveillées, écoutées, filmées, examinées … pour le cas-où ? J’espère sincèrement que la réponse est « très peu ».

Un autre aspect est également à envisager. L’évolution de la loi, comme sus-mentionnée. Il faut prendre garde aux dérives totalitaires qui nous écartent peu à peu de la liberté d’expression de manière générale. Un signal alarmant est déjà visible tous les jours : l’absence de réaction importante de la population face à l’abrogation de l’état d’urgence pour inscrire plusieurs de ses mesures dans la Constitution. Manifester plus fort contre la Loi Travail que contre cette mesure me semble aberrant tant la balance penche d’un côté. Cette apathie générale, ce « je n’ai rien à me reprocher, moi » est symptomatique d’une époque où l’on ne cherche pas à s’épanouir mais plutôt à survivre, quitte à restreindre ses libertés.

Malgré tout, le combat n’est pas encore terminé et de nombreuses associations sont vent debout contre cette mesure; espérons que la fin de l’été se verra accompagnée d’un retour de l’engagement citoyen.

1. La Quadrature du Net
2. Huffingtonpost
3. La Quadrature du Net ; Legifrance – Projet de Loi ; Legisfrance – Article 706-76

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