Pérégrinations nivales

Accompagnement musical proposé : Bitter Sweet Symphony – The Verve
Accompagnement gustatif proposé : Tarte aux pommes-poires

Enfin !
Il a neigé, près d’un mois et demi trop tard pour avoir un Noël blanc, certes, mais il a neigé !
Et pas qu’un peu, comme pour se rattraper de son retour, la neige a recouvert la région parisienne, offrant quelques jours de vacances pour certains et de magnifiques paysages pour tous. Je ne sais pas vous, mais dès qu’il y a trois flocons, je retombe illico en enfance, ouvre tout grands les yeux et suis emplie d’une euphorie toute particulière. En l’espace de quelques heures, nos paysages se sont transformés, nous donnant une toute autre vision des lieux et en nous faisant perdre tout point de repère. Le silence obtenu après la chute de neige, le bruit de nos pas dans la neige fraîche, l’excitation des animaux, la lumière particulière en pleine nuit grâce au manteau blanc … Tout cela m’avait terriblement manqué.

C’est parti ?

Ayant depuis Noël abandonné mon très bon petit bridge – celui avec lequel je prenais toutes les photos postées ici, un excellent FZ 200 -, je me suis enfin mise au reflex. Les photos qui vont suivre sont prises avec un 7D sur lequel est monté un Sigma 10-20mm. La nature enneigée a été idéale pour le tester enfin après ce mois entier de pluie où il n’est pas sorti du placard.

Le Château de Courances

Travaillant dans le jardin de ce château, situé à une cinquantaine de kilomètres au sud de Paris, j’ai la possibilité d’y aller hors saison et j’en ai bien profité ces derniers jours pour capturer des images qui sortent de l’ordinaire. Très beau à toute saison, il m’a semblé que le parc sous la neige offrait une toute autre dimension, encore plus romantique, plus majestueuse et paradoxalement, plus intime … Je vous laisse découvrir ce parc sous la neige, bien au chaud de chez vous, en espérant que cela vous donne envie d’y faire un tour si vous ne passez pas loin.

Un canal bordant l’Allée d’Honneur

Seule dans le parc et la première à fouler le sol blanchi, j’ai été conquise par la beauté des Platanes ployant sous le poids de la neige, l’immobilité de l’eau, les reflets givrés dans les multiples canaux, sources et cascades qui composent le parc.

En remontant l’Allée d’Honneur, c’est devant la grille du château, tout hérissée de blanc que l’on tombe. Si habituellement, ce n’est pas elle que l’on vient voir, elle m’a fait ici penser aux ronces qui entourent le château de la Belle au Bois Dormant. Maléfique rode-t-elle derrière … ?

Grillé d’entrée du Château

De l’autre côté, là où le parc s’étire au loin vers la forêt, le spectacle est à couper le souffle. Le ciel sombre de nuages froids, le sol clair de neige, l’eau assombrie, les arbres dessinés par le givre; le Miroir se révèle ici dans toute sa splendeur ! Les fleurs des deux Romarins qui ornent modestement le bassin offrent une touche de couleurs que l’on ne dédaigne pas pour réchauffer le froidure du tableau.

Bassin du Miroir – bassin du XVIIIème siècle
Il n’y a pas que les Perces-Neige qui fleurissent en hiver !

En continuant la marche vers le grand Canal (l’un des tout premiers creusés en France), le regard ne cesse de s’émerveiller des cascades de neige sur les buis géants et sur l’épaisseur qui recouvre le sol. C’est si peu habituel dans nos régions que notre regard ne se repaît pas une seconde de l’ambiance grandiose …
Une fois devant le Canal, c’est le reflet des arbres dans l’eau qui est une merveille, l’alliance idéale de la main de l’Homme et de la perfection de la nature :

Le Grand Canal – XVIème siècle
Peupliers se reflétant dans le Grand Canal

Un peu plus loin se trouve l’un des plus beaux arbres de ma connaissance, un magnifique platane planté en 1782. Bien qu’ayant le même âge que tous les autres arbres de son espèce dans le parc, il n’a pas du tout la même prestance : planté à l’écart, il a eu la possibilité de s’étaler de tout son saoul sans chercher à pousser en hauteur dans une course à la lumière. Son panache réside non pas dans sa hauteur mais bien dans l’étalement de son houppier. Soulignée par la neige et les rayons du soleil, sa charpente ne peut que nous écraser par sa force.

Roi des Platanes – planté en 1782

En revenant sur mes pas, c’est sur le Miroir que je tombe à nouveau mais avec le Château en ligne de mire.

Le Château, au loin derrière l’étendue du Miroir
Endormi sous la neige, le Château semble sorti d’un conte de fée …

A ce stade, cela fait bientôt une heure et demi que je vaque dans le parc, les pieds trempés de neige, le bas du pantalon figé par le gel, sourire aux lèvres et yeux larmoyants de froid. Il me reste encore un lieu à voir, celui que j’aime le plus, le Jardin Anglo-Japonais. C’est le lieu le plus intéressant à voir, particulièrement au printemps et à l’automne, où les Erables, les Liquidambars colorent le jardin de mille teintes chaudes et éclatantes. J’étais curieuse de voir ce qu’il allait donner sous la neige, puisqu’il est également ponctué de nombreuses topiaires en Houx, Buis ou If.
Il y avait finalement tant de neige qu’elle adoucissait presque trop les contours délicats du jardin, empêchant de distinguer correctement les lignes tantôt dures, tantôt plus douces qui le composent.

Topiaires, saule pleureur, érables … Tous ensevelis sous une couche importante de neige
La beauté du paysage se révèle toujours dans les reflets des eaux, gelées à moitié

La visite de Courances sous la neige s’achève ainsi, après deux heures à avancer dans un paysage de rêve, où la neige donne une dimension encore plus onirique que d’habitude … Si jamais vous souhaitez y faire un tour, je ne peux que vous le conseiller, d’autant qu’il est propice à la flânerie, toutes les pelouses sont autorisées, que ce soit pour pique-niquer ou simplement s’étendre. Seul le jardin Japonais, trop fragile, est interdit d’entrer mais il offre malgré tout un spectacle fantastique, à l’instar d’un tableau composé subtilement.

Je triche un peu en postant ici une photo prise le lendemain. Changement radical avec le soleil qui avait fait son apparition et le jardin retrouvait sa splendeur !

Sous le soleil, c’est bien sympathique !

Le Château de Fontainebleau

Changement d’ambiance ! Le lendemain, après m’être échinée à sortir ma voiture de la neige, je peux enfin prendre la route aux alentours de midi. Direction, le Château de Fontainebleau splendeur au coeur de la ville, que j’espère encore plus beau sous la neige. D’autant que contrairement à la veille, le ciel est d’un bleu pur depuis le lever du soleil, je compte en profiter pour explorer une autre facette du paysage enneigé.

Bien sur cette fois, pas de laisser-passer, je suis mêlée à la foule des visiteurs mais j’ai la chance d’arriver à un moment où personne n’était à l’entrée, j’ai pu ainsi avoir l’occasion de prendre en photo l’entrée sans personne dans l’Allée d’Honneur, encadrée d’Orangers à la belle saison.

Entrée du Château de Fontainebleau et son fameux escalier en fer à cheval

Dans le parc en lui-même, on voit de nombreuses traces laissées par les enfants en mal de neige, des bonhommes fleurissent partout – les pelouses sont interdites mais chuuut, c’est chouette d’en profiter !
Le parc est à mes yeux moins beau que celui de Courances mais reste splendide et devient resplendissant sous la couche blanche et le ciel bleu.

Toujours les jeux de reflets …
Parc du Château de Fontainebleau
Du sucre glace sur le parc ?

Je ne connais pas si bien que ça ce parc, j’y traînais avec une copine entre deux cours il y a quelques années puisque mon lycée n’était qu’à 15mn à pied du Château. C’était donc souvent des visites assez express et puis, chacun le sait, plus on vit proche des lieux, moins on prend le temps de les visiter … J’ai tenté de réparer cette lacune en prenant tout mon temps pour marcher entre les Magnolias, Rhododendrons et autre arbustes de terre de bruyère. En observant les bourgeons prêts à éclore, je me suis promis d’y retourner tantôt pour observer le printemps éclater.

Au détour de quelques haies de buis, mes pas me mènent naturellement au bassin des carpes, où trône le Pavillon.

Le Château et le Pavillon, en reflet sur le bassin des Carpes
Le Pavillon

En faisant le tour du parc, je retourne lentement vers l’arrière du Château où la neige a moins fondu qu’ailleurs. L’ambiance est à la fois très douce et piquante de froid, le soleil s’accroche dans les branches enneigées, c’est une vue magnifique …

Arbustes derrière le Château

La Forêt de Fontainebleau

Oui, je mets une majuscule car elle le mérite tant elle est belle.
Je vis dans cette forêt depuis ma naissance – bon Ok, depuis mes deux mois – et j’y suis très attachée. J’ai fait des milliers de promenades à l’intérieur, seule ou accompagnée, de plusieurs heures parfois, souvent en tentant de se perdre avec les copines, marchant pieds nus en été – c’est bien comme ça que l’on reconnait les locaux … -, y allant par tous les temps.

Le truc vraiment chouette avec la forêt, c’est qu’elle est un véritable marqueur de saisonnalité.
Timide et lumineuse au printemps, éclatante de vigueur en été, bruissant sous les feuilles rousses en automne … Elle offre un visage différent chaque mois et nous aide à reprendre pied avec la réalité. En hiver, il est vrai qu’au bout de quelques mois sans feuille, sans tâches de vert, elle peut être dure à supporter. L’avantage avec celle de Fontainebleau, c’est que grâce au sable, aux roches et aux bruyères, elle n’est jamais bêtement marron l’hiver : il suffit d’un peu de ciel bleu pour se croire presque au printemps. Mais le plus beau, c’est encore sous la neige … Cela faisait plus de 5 ans que nous n’avions pas eu l’occasion de la voir vraiment recouverte par son manteau blanc et mes derniers vrais souvenirs de grosses neiges en forêt datent de 2010 …
J’ai donc sauté sur l’occasion et sur mon appareil photo – zeugma, oui la litté me manque – et j’ai filé marcher quelques heures sous les arbres.

Je vous laisse découvrir cette forêt, en espérant que ces photos vous donnent envie d’aller y mettre un pied !

Une entrée de la forêt …

Un des points les plus connus de la Forêt de Fontainebleau, ce sont les pignons qui la composent. Amoncellements rocheux recouverts de végétation, ils sont très appréciés des randonneurs et grimpeurs. Si la montée se fait relativement bien, la descente sous la neige est une autre histoire ! Sous parfois quinze centimètres, on ne distingue ni les racines, ni les roches, ni aucun des obstacles qui sont déjà parfois compliqués à passer par temps sec. J’ai rapidement compris pourquoi il n’y avait vraisemblablement eu que deux ou trois passages avant moi, on ne pouvait même pas continuer le parcours habituel, impraticable, et il m’a fallu retourner sur mes pas. N’empêche, une fois arrivée en haut, le spectacle valait l’effort !

Un air de montagne au coeur de la Seine-et-Marne …
Typique de Fontainebleau, bouleau, sable, roche, bruyère … Et neige !
Vue du haut d’un pignon, des centaines d’hectares à explorer, c’est parti !

Ce qui est assez incroyable, dès que la neige est tombée, c’est que la forêt soit devenue méconnaissable. J’ai pourtant tant arpenté ses moindres parcelles que je pensais la connaître véritablement par coeur, or j’ai eu l’heureuse surprise de me perdre une bonne demie-heure dans le dédale de ses tous petits chemins … Comme une découverte nouvelle, cela m’a permis d’apprécier encore plus ma promenade.

Merveille du soleil et de la neige mêlés !

L’atmosphère était vraiment incroyable, je ne me souviens pas avoir déjà vu cela un jour ici puisque mes souvenirs des hivers neigeux précédents ont surtout un ciel gris. Ici, les rayons du soleil accrochaient le moindre flocon de neige, la lumière était envoûtante et je suis ravie que mon petit appareil ait réussi à retranscrire ainsi les teintes quasi surnaturelles dont était parée la forêt. Comme l’ensemble était entrain de dégeler, les paquets de neige tombaient parfois brusquement, passant dans les rayons de soleil …

Pas étonnant que l’on se soit mis à croire aux fées et aux esprits …

Prochaine étape de ma promenades, les plus que connus Sables du Cul du Chien, du rocher éponyme – quoiqu’on l’appelle également le Bilboquet. Ce qui était frappant, c’est que pour quiconque ayant l’habitude de ce lieu, il pourrait être banal puisqu’on a l’habitude de cette grande étendue de sable blanc. Ici, à défaut de sable, la neige a totalement recouvert la plaine, la faisant paraître encore plus grande et blanche, digne d’un décor cinématographique.

Les Sables sous la neige
Les rochers, pris d’assaut par les touristes en été …
Le Bilboquet, le sable à ses pieds, si clair d’habitude, paraître ici bien sombre par rapport à la neige !

Je rebrousse ensuite chemin pour reprendre les chemins que je trouve plus agréables que les grandes étendues, surtout par ce temps. Je croise peu de gens mais tous ont un grand sourire et respirent à pleins poumons l’air pur et l’odeur de neige si particulière.

L’Allée dite Blanche qui n’a jamais aussi bien portée son surnom !

Une dernière photo avant de quitter cette forêt si belle, vidée de ses touristes en hiver et en semaine …

Et vous, avez-vous eu la possibilité de profiter de ces paysages ? A-t-il neigé ?
N’hésitez pas à partager vos promenades et vos découvertes dans les commentaires et à me dire si vous avez apprécié cet article 🙂

4 réponses sur “Pérégrinations nivales”

  1. Belles photos, superbe texte! Le présent si intense fait remonter des souvenirs du passé, chez toi, chez moi. Le présent renaît grâce aux mots de chaque nouvelle génération, aujourd’hui celle que tu incarnes. Donc très heureux de lire et de ressentir cette poésie végétale, liquide ou solide, figée en apparence et pourtant si vivante, apaisante pour qui a déjà chaud au corps et enivrante pour le coeur. Cette vibration touche tous les sens en une myriade de sensations et notamment la conscience cristalline de l’instant. Quel bonheur!!! Et merci de te tremper les pieds à ma place…

    1. Un énorme merci pour ton passage ici, je suis très heureuse de te lire et de savoir que ces photos t’aient fait remonter des souvenirs ! À très vite ! 😀

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