Quatre ans de végétalisme, qu’est-ce qui a changé dans ma vie ?

Accompagnement musical proposé : Jupiter – Benjamin Clementine

Accompagnement gustatif proposé : Cheesecake vanille et chocolat

Cette semaine, j’ai fêté mes quatre ans de végétalisme – et environ un an de véganisme.

L’heure d’un petit bilan sur ce qui a bougé dans ma vie suite à ces changements ?

Déjà, contrairement à ce qu’en pensent certain.e.s véganes, on peut arriver au véganisme en pensant encore de manière spéciste et en cessant en premier lieu la viande. Il n’est pas nécessaire de passer de l’omnivorisme au véganisme par le biais de l’anti-spécisme : on peut parfaitement arrêter de manger de la viande par conviction écologique et continuer de consommer le reste des produits animaux. Certain.e.s s’arrêtent là, d’autres poursuivent le chemin vers le véganisme. Je précise cela car j’ai visionné à plusieurs reprises des vidéos montrant des véganes dédaignant ostensiblement l’arrêt de la viande pour des raisons écologiques, arguant que cela partait d’une vision spéciste de la vie. Certes, mais Rome ne s’est pas fait en un jour et notre société est tellement basée sur l’exploitation animale qu’on ne peut que rarement faire une transition brutale.

Mon état d’esprit a grandement changé depuis mon arrêt de la viande puis du reste des produits d’origine animale. J’ai peu à peu plongé dans anti-spécisme mais sans chercher à le devenir, simplement en réfléchissant sur ce qui façonnent nos habitudes, sur les codes sociaux qui régissent nos vies ainsi qu’en déconstruisant la manière dont je considérais le monde.
Il me semble que pendant ces quatre années, je me suis à la fois apaisée par rapport au massacre quotidien des animaux pour notre consommation mais également fortifiée de ces convictions. Je les sens réellement miennes alors que je me rends compte qu’au début de mon végétalisme, je l’étais devenue en réaction à la violence qui me semblait émaner du système agricole – que je fréquentais directement alors, par le biais de mes études. Je l’étais devenue bien sur par désir de ne pas participer à l’exploitation animale mais sans non plus remettre en cause l’équitation que je pratiquais encore alors, par exemple. Je n’étais pas encore dans une vision anti-spéciste du monde, elle est venue bien plus tard, environ trois ans après.

Comment ai-je évolué entre temps ? Est-ce que ma vie est devenue infernale et compliquée, comme le pensent beaucoup de gens à l’égard des véganes ?

Dans ma famille, j’ai eu beaucoup de chance puisque je n’ai pas eu de reproches, au pire des interrogations dubitatives mais jamais personne ne m’a forcé à remanger « normalement ». Même du côté des grands-parents, qui sont traditionnellement plus réfractaire à l’alimentation non-omnivore, il n’y a eu aucune dispute, tout au plus les habituelles piques. Nous avons beaucoup de débats très enrichissants qui permettent de constamment remettre en question nos points de vue.

Du côté de mes ami.e.s, de ma vie sociale de manière générale, il n’y a que très peu de changements. Je fréquente toujours beaucoup de gens, je voyage, je sors, je vais au restaurant … Pour ces derniers, il suffit de se renseigner un peu à l’avance afin d’être sûre de trouver une alternative végane et je peux passer une soirée sereine. Au pire, je me contente d’une assiette de frites (zut alors !) et mange plus équilibré le lendemain. Je ne me suis jamais privée d’un restaurant depuis que j’ai changé d’alimentation.
En soirée, je ne suis jamais ostracisée, tout le monde n’est d’ailleurs pas du tout au courant de mes convictions et continue de me proposer la sempiternelle tranche de jambon à trois heures du matin.
Le débat est malgré tout assez fréquent et il peut arriver de parler du véganisme pendant quelques temps entre ami.e.s mais sans agressivité, d’autant que j’ai peu à peu appris à désamorcer les questions redondantes et les piques idiotes. Après, il faut avouer que ces débats sont parfois stériles et démoralisants puisqu’ils se terminent souvent par « Je comprends mais moi je ne pourrai pas ». Je ne perds pas espoir, je pensais également comme cela auparavant et grâce à beaucoup de discussions et de rencontres, je me suis rendue compte que ma conscience serait apaisée une fois devenue végétalienne voire végane.

Au travail, même chose que ci-dessus, cela n’a quasiment rien changé. En revanche, si je pense avoir eu un peu d’impact sur certain.e.s de mes ami.e.s, chez mes collègues c’est plus difficile. Il est vrai que j’évite le sujet tant il peut être sujet à disputes ; je me dis que rien que pouvoir montrer qu’une végétalienne peut faire sans problème un métier physique est une bonne chose ! Je reste malgré tout dans une branche de métier où les personnes sont souvent très viandardes, à ne jamais faire un repas sans viande. On me charrie gentiment dessus, sans plus.

Jardin Japonais – Château de Courances

Petit point sur mes prises de sang qui ne révèlent aucune carences, que ce soit en B12 ou autres. J’ai même vu mon taux de fer remonter, bien qu’il reste dans la norme basse, je donne mon sang plusieurs fois par an sans problème d’ailleurs. Néanmoins, je vois beaucoup de témoignages de végétalien.ne.s qui affirment avoir gagné en capacités physiques etc. Ce n’est pas mon cas : je n’ai vu que très peu de changements à part une diminution sensible de ma cellulite. En revanche, à part ça … Non, vraiment, je ne suis ni plus ni moins fatiguée, je dors toujours aussi peu, je n’ai pas besoin de plus de repos, je ne perds pas plus de cheveux, mes dents ne sont pas tombées … J’étais en bonne forme physique avant, je le suis toujours !

En réalité, c’est dans mon crâne que le changement fut le plus flagrant. Au début de ma conversion alimentaire, j’avais l’impression d’être en guerre contre le monde (je caricature un poil), je me sentais parfois agressée par des questions simples et légitimes. J’avais réellement l’impression de me débattre, engluée dans un monde usant d’une terrible violence à l’égard de beaucoup d’êtres sensibles, animaux ou humains. Si je reste consciente de la véracité de ce constat, je suis désormais plus sereine. Je reste toujours stupéfaite de la violence des uns envers les autres mais sans le prendre en pleine figure, de manière ultra-violente. Concernant plus spécifiquement le véganisme, maintenant je suis sûre de moi, je n’ai plus le besoin permanent de le montrer à tout le monde. Les débats se passent donc bien mieux, je ne me prends plus la tête à vouloir absolument réussir ce superbe gâteau au chocolat et aux haricots rouges qui demandent quinze ingrédients que je ne connais pas …
En somme, je ne suis plus fière d’être végane mais convaincue de ce choix.

L’envie de m’impliquer de plus en plus dans cette lutte pour les droits des animaux (d’ailleurs, pas coucou aux conservateurs anglais qui estiment que les animaux ne sont pas des êtres sensibles) me titille de plus en plus. Pourtant, je n’aime pas les manif où je ne me sens pas à mon aise, même les salons Veggie ou les rencontres de groupes véganes ne m’attirent pas non plus tant que cela. Pourquoi ne pas commencer par aller démarcher dans les écoles pour demander la possibilité d’avoir des alternatives végétaliennes à chaque repas ? Ce genre d’idées est de plus en plus présente …

Lever de soleil – Soisy-sur-Ecole

Et vous, comment avez-vous vécu vos transitions  ? Avez-vous constaté des changements, que ce soit dans votre comportement ou chez vos interlocuteurs.trices ? Racontez-moi cela !

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