Sur la route … du véganisme #1 La Dissonance Cognitive

Accompagnement musical proposé : Coeur de Loup – Philippe Lafontaine
Accompagnement gustatif proposé : Velouté de légumes d’hiver

Golfe du Morbihan

Il m’arrive souvent d’avoir envie de discuter avec mon moi de lorsque je mangeais encore des animaux.
Oui, chacun ses envies, pas de jugement … !

Cela provient du fait que je n’arrive plus à concevoir comment je pouvais me déclarer amoureuse des animaux tout en consommant certains d’entre eux sans problème. J’étais sincère, je les aimais véritablement et faisais de mon mieux pour préserver leur environnement ainsi que leur bonne santé.
Comment était-ce donc possible pour moi de condamner fermement des pratiques barbares sur des chiens ou des chevaux tandis que je mâchonnais mon steak haché que j’avais acheté dans un supermarché et dont je ne savais strictement rien ?

Ce phénomène qui nous touche en permanence se nomme la dissonance cognitive. Cette théorie a été expliquée par Léon Festinger, au XXème siècle.
Ce terme théorise la tension que nous ressentons lorsque plusieurs de nos pensées sont en contradiction les unes envers les autres. En l’occurrence, j’aime les animaux, j’en protège certains mais en mange d’autres. Je m’offusque lorsqu’une personne tue un chat mais considère que tuer une vache est un acte normal.

Dans le but de mener une vie équilibrée, non dissonante et en cohérence avec l’ensemble de nos pensées, nous tentons généralement de lier pensées et actions. Par exemple, je ne trouve pas normal que des gens dorment dehors et m’efforce de soulager leur peine en les aidant.
Néanmoins, il arrive souvent qu’accorder nos actions avec nos pensées demande un effort important ou en contradiction avec les valeurs véhiculées par notre société. Nous arrivons alors à un point de relation dissonance que nous ne souhaitons pas affronter et il nous ait plus facile de changer nos pensées plutôt que nos actes.

Mon grand-père le répète sans cesse, dans la vie, « il faut être cohérent » (en réalité, j’aurais plutôt dû écrire « Ma chérie, dans la vie, IL FAUT ÊTRE COHÉRENT ! » pour coller au personnage …). Et de fait, il n’a pas tort. La cohérence dans une vie est importante voire essentielle pour notre mental : accumuler tous les jours des dizaines d’actes en contradiction avec notre morale est néfaste.

Toujours dans l’exemple des animaux, il est plus facile de se dire que nous avons besoin de viande, que des animaux naissent pour cela ou encore que ça a toujours été comme cela et qu’il n’y a donc pas de raison pour changer plutôt que de revoir notre façon de nous nourrir.

Dans cette quête de cohérence, notre esprit peut nous faciliter la tâche en modifiant notre perception des choses : un CRS témoigne ici par exemple :

Il est évident que pour se protéger, pour éviter de devenir fou, il déshumanise totalement les personnes qu’il a en face de lui pour accomplir les tâches qu’on lui demande. Ainsi, il peut continuer son travail tout les jours, en « débran[chant] [s]on cerveau »; c’est exactement le même principe qui est à l’oeuvre dans de nombreux abattoirs, comme le confirment de nombreux employés.
En l’occurrence, dans l’exemple de ce CRS, pour atténuer l’inconfort ressenti par la dissonance cognitive, il a diminué l’impact de ses pensées dans le but de perpétuer des actes qui lui seraient odieux sans cela.

Et si on faisait l’inverse ?
Si, au lieu de changer nos pensées, on changeait nos actes pour les faire coïncider avec nos valeurs ?

C’est ce que font, entre autres, les personnes qui cessent de consommer des animaux par éthique. Au lieu de se ranger derrière des arguments fallacieux, au lieu de fermer volontairement les yeux sur le fait que derrière un steak, il y a un animal mort , il faut assumer cette incohérence et tenter de la résoudre du mieux que nous le pouvons.
Bien sur, dans le cas du véganisme, c’est en désaccord avec notre société de consommation qui considère certains animaux comme des biens, tout juste bons à amuser la galerie ou à être consommés. Néanmoins, grâce au militantisme de certaines personnes, grâce aux informations disponibles sur Internet, grâce aux pays voisins plus évolués que nous sur ce point, il est assez aisé d’abandonner ses habitudes spécistes.

Lac de Pannecière – Morvan

De plus en plus de restaurants végétaliens s’ouvrent, les recettes sont légions sur Internet et beaucoup de gens comprennent désormais notre démarche même sans forcément y adhérer.
Grâce aux efforts de nombreuses associations, les conditions abominables de mise à mort dans les abattoirs sont sorties au grand jour et que l’animal ait été élevé en plein air ou vienne d’une ferme bio, le résultat est le même : on le tue sans raison vitale.

Se résoudre à affronter nos dissonances cognitives n’est jamais évident, c’est le même principe que lorsque l’on cherche à analyser d’où viennent nos convictions. Viennent-elles de notre éducation, de la société, de la publicité, de nos lectures … Ou bien résultent-elles d’un véritable cheminement intérieur qui nous correspond totalement ? Il est notoire que les enfants provenant de familles politisées suivent naturellement l’avis politique de leurs parents. On peut également prendre comme exemple les enfants venant de familles religieuses. 
Sommes-nous libres de nos choix ou adoptons-nous les mêmes pensées pour éviter d’avoir à réfléchir profondément et donc de ressentir ce malaise typique de la dissonance ?
Bien que ce soit difficile, surtout au commencement de cette analyse de nos cheminements de pensées, il me semble que c’est un passage obligé pour savoir ce que, au fond de nous, nous pensons. Et il peut nous arriver d’être surpris après cela !

Je me souviens que de nombreuses personnes me demandaient si c’était dur d’arrêter les produits animaux, surtout au début.
Non, ce n’était pas dur; puisque même si je savais ce que je « perdais », je savais aussi ce que je gagnais : une conscience en paix.

Sans cette analyse, je pense que je n’aurais pas cessé la consommation de produits animaux car j’avais, comme beaucoup, modifié imperceptiblement ma façon de voir les choses en me cachant la vérité de la mort de l’animal que je mangeais. Evidemment, c’était plus facile comme cela. Pour autant, je sais que je ne pourrais pas remanger de la viande sans éprouver un véritable malaise maintenant que j’ai pris conscience de tout cela.

N’hésitez pas à faire part de votre propres réflexions sur ce sujet en commentaire évidemment, le débat est toujours ouvert … !

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