Sur la route … du véganisme #2 Les pires arguments anti-végane

Accompagnement musical proposé : Lemon Tree – Fool’s Garden
Accompagnement gustatif proposé : Crêpes véganes

Lors de nos débuts – et même au milieu et jusqu’à la fin je présume – dans le véganisme, il est fréquent d’avoir affaire à des arguments anti-végé.
Cela va de la pure provocation aux questions qui soulèvent réellement des cas de conscience mais dans l’ensemble, plus on répond dans le calme et avec le sourire, plus le véganisme se fera un chemin dans notre société. Comme certaines personnes le rappellent sans cesse, comme Ophélie Véron, du blog AntigoneXXI, ce n’est pas en étant sur un mode agressif que l’on pourra persuader les gens de changer leur vision du monde.
C’est pour cette raison que cet article listera les meilleurs et les pires arguments anti-véganisme, avec une réponse que j’espère adéquate pour chacun !

« Et la souffrance de la carotte, tu y as pensé ? »

Dans la série la plus idiote, il y a bien évidemment le fameux cri de la carotte ou la question qui consiste à nous accabler en insistant sur le fait que l’on cause la mort de plein de bébés légumes.
Allez, passons sur la bêtise et la provocation pure de la question et répondons-y de manière scientifique (ou presque, j’ai fait L tout de même …)

Etant jardinière, je connais tout de même assez bien le domaine des plantes. J’admire leur beauté, leur résistance, leur adaptabilité, leur sensibilité, leur rusticité … Je connais bien le Mimosa pudica, qui replie ses feuilles lorsqu’on l’effleure ou les capacités de l’Acacia drepanolobium qui augmente sa teneur en tanins lorsqu’il se sent en danger néanmoins aucune étude n’a jamais prouvé l’existence d’une sorte de douleur chez les végétaux. Pour qu’il y ait douleur il faut non seulement un système nerveux mais également des neurotransmetteurs or ce n’est pas le cas chez les plantes. Il faut néanmoins souligner que les scientifiques font d’étonnantes découvertes tous les jours sur les capacités des plantes, comme leur mémoire, mais les doutes sont très forts sur une éventuelle douleur ressentie.

Pour autant, imaginons tout de même qu’un jour, il soit prouvé que les végétaux souffrent également. Il reste évident que l’alimentation végétalienne sera de toute façon celle qui produira le moins de douleur de manière générale. En effet, en mangeant des animaux qui ont consommé des plantes, on causera non seulement de la douleur et du stress au règne animal (et cela est prouvé depuis de nombreuses décennies) mais en plus on causera la disparition de plus de plantes que si on les avait consommé directement puisqu’il nécessite environ 6 à 10 kcal végétales pour créer une kcal animale.
L’argument du cri de la carotte n’est donc pas recevable.

Super lune

« Oui mais si on arrête de manger certains animaux, ils vont disparaître ! »

C’est amusant comme dès que l’on touche à l’arrêt de la viande, certaines personnes se révèlent fervents défenseurs de la cause animale. Concrètement, on touche ici au patrimoine national, à la fierté de « nos » animaux. On évoque également cet argument pour la sauvegarde des chevaux de traits, qui auraient pour une partie, disparu sans les boucheries chevalines.

L’argument de tuer un individu pour conserver une race – souvent créée selon le bon-vouloir humain à une certaine période – m’a toujours laissé perplexe. Je me demande pourquoi personne n’a jamais songé à l’appliquer aux tigres, lions ou autres espèces en voie de disparition, c’est pourtant évident … !
On ne pense jamais à les mettre dans notre assiette mais on créé des réserves, des sanctuaires, des associations pour les faire connaître … des trucs sympatoches en somme, qui travaillent à laisser l’animal évoluer dans son milieu naturel sans le tuer pour le manger.

De plus, ce n’est pas comme si la vie d’animaux au sein d’un élevage industriel était particulièrement agréable. Parmi les 47 millions de poulets élevés en France, 68% d’entre eux sont élevés en batterie1 ., concernant les porcs, c’est 95% d’entre eux qui survivent sur caillebotis2 . Il est vrai que les bovins sont plus épargnés par ce type d’élevage puisqu’ils sont nombreux à avoir un accès pluri-hebdomadaires à l’extérieur.
Cet argument est d’autant plus risible qu’il n’est bien souvent sorti que dans l’unique but de démontrer aux véganes que leur démarche est néfaste : dans la vie courante, il est rare que les gens choisissent leur viande pour faire survivre une espèce. D’ailleurs, en voulant créer des vaches de plus en plus aptes à produire du lait ou de la viande en grande quantité, les industriels ont bien souvent fait volontairement disparaître des races locales 3

Plutôt que de les manger, autant créer de grands sanctuaires (sur l’emplacement de la ferme des Mille Vaches par exemple, un lieu d’aisance pour elles s’il en est), en les nourrissant avec de la nourriture cultivée sur l’exploitation et non du soja cultivé en Amazonie.

Oie à Munich

« Si on n’élevait pas d’animaux, il n’y en aurait pas. »

Véridique, vu sur Twitter et posté sérieusement.
Il est vrai que heureusement que l’humain est là pour créer toutes les espèces, la Terre aurait été bien dépeuplée sans nous !

Plus sérieusement, beaucoup parlent de la tristesse d’un paysage sans veaux, vaches et moutons si nous vivions dans un monde végane. Alors, c’est vrai que les moutons c’est chouette. J’en ai sous mes fenêtres actuellement et j’aime bien, c’est mignon. Mais j’ai aussi des blaireaux – les animaux, pas Victor-Kévin qui fait de la moto-cross après avoir regardé Hanouna -, des chevreuils, des sangliers, des lièvres, des buses, des moineaux ou encore des renards. Bref, tout plein d’animaux qui se débrouillent très bien sans nous – qui se débrouilleraient même bien mieux sans nous mais faut savoir partager aussi.
De plus, pour créer des espaces de cultures ou d’élevage, la forêt est souvent rasée, ce qui détruit un écosystème extrêmement riche et donc tue indirectement de très nombreuses espèces bien plus utiles à l’environnement qu’une Charolaise.

Non, Hyô n’a aucun sens de la dignité …

« De toute façon, on ne peut pas être végane, on est forcément carencé. »

C’est vrai que les véganes ont besoin de se complémenter en vitamine B12. Sans cela, il y a un risque réel de détérioration du cerveau et de la mémoire et donc une grave mise en danger de soi-même. Depuis 1972, les chercheurs ont réussi à mettre au point un complément alimentaire de synthèse, végane, qui permet de vivre avec un régime entièrement végétal sans risque de carence en B12.
Les omnivores trouvent en effet leur B12 dans la consommation de chair animale puisque chez les herbivores, grâce à leur digestion plus lente que la nôtre, les bactéries avalées en broutant ont le temps de se multiplier et de synthétiser cette vitamine.

En réalité, principalement chez les porcs, la B12 est directement ajoutée dans l’alimentation des animaux d’élevage4 . Ce qui fait qu’en mangeant une tranche de jambon, on mange un comprimé de B12 – donc créé en laboratoire, comme celui utilisé par les véganes – enveloppé dans un peu de viande porcine. Bravo la réduction des déchets. En somme, celles et ceux qui critiquent les véganes pour leur consommation quotidienne de B12 devraient séance tenante cesser leur consommation de viande porcine.
Quoi qu’il en soit, même s’il est vrai que originellement, il semble que l’être humain soit incapable de vivre sans complément alimentaire de B12, c’est désormais le cas, sans pollution supplémentaire, sans carences, sans création de souffrance. La science est belle !
[D’ailleurs, juste pour rigoler, on devrait mettre les gens qui manient cet argument nus, dehors, sans outils et voir comment ils se débrouillent. Après tout, c’est comme ça que l’on vivait avant la science et toutes les belles inventions qu’elle nous a apportées.]

Lièvre dans le Morvan

« Même un végane pollue de toute façon, alors ça ne sert à rien … »

Oui c’est vrai, et puis comme de toute façon en respirant je crache du CO², je vais directement me pendre pour être enfin un peu écolo. Reste la question ensuite du cadavre, il me faudra calculer le taux de CO² émit entre une crémation ou un enterrement en prenant en compte la fabrication du cercueil.
C’est l’argument classique du mec fainéant en réalité. « Puisqu’on ne peut pas tout faire jusqu’au bout, autant ne rien faire. » Ah oui, là c’est sur, on est sur une belle philosophie de vie. Donc puisque de toute façon on va mourir, autant ne pas vivre ? A ce compte-là, poussons l’absurde jusqu’au bout.

C’est vrai, un végane pollue. Bien sur, on utilise notre voiture, notre téléphone, notre ordinateur, on porte des vêtements pas toujours équitable, on mange des fruits qui viennent parfois de pays lointains, on prend l’avion, on tue des insectes en marchant sur l’herbe et on tue des millions de bactéries à chaque fois qu’on se lave les mains … Pourtant les chiffres sont sans appel, le fait est qu’en consommant des produits d’origine animale, même locaux, même bio, un omnivore pollue plus qu’un végane avec une alimentation raisonnée. On a vu au-dessus que pour une même calorie, il faut six à dix unités végétales pour en créer une seule animale. En consommant directement les végétaux, on réduit ainsi les surfaces de cultures puisqu’elles ne passeront pas par l’estomac des animaux. 33% des terres cultivables sont utilisées uniquement pour les cultures destinées à l’alimentation animale5.

D’autre part, les véganes le sont bien souvent pour des raisons également éthiques, pas seulement écologiques. En l’occurrence, l’argument de la pollution n’entre pas en ligne de compte puisque c’est la disparition de la souffrance animale qui est le but poursuivi par beaucoup de véganes.
Néanmoins, la majorité de ces derniers sont des gens qui font attention à leur impact environnemental : achat de produits locaux, de tissus éthiques, préférant le vélo à la voiture et se préoccupant de l’environnement au jour le jour.

Sur le plan « Je m’adapte et je vous emmerde », cette adventice se pose là !

« Les Hommes sont carnivores par nature, en fait tu n’es pas en harmonie avec elle. »

Si nous ne sommes certainement pas carnivores par nature, nous sommes de toute évidence omnivores. Nous avons la capacité de manger des légumes, des fruits, du poisson, de la viande, des champignons et même du RoundUp. L’adaptabilité des Hommes a toujours été son meilleur atout pour s’établir sur le globe.
Avons-nous pour autant besoin de viande ? Non. La culture européenne a depuis longtemps établi que la gastronomie n’était valable que s’il y avait un plat de viande à chaque repas. Il suffit de lire un peu Rabelais pour constater cela. Néanmoins, dans d’autres cultures, la viande n’est que peu présente. On pense bien évidemment à l’Inde, où la vache est un animal sacré mais aussi aux bouddhistes qui excluent souvent la viande de leur alimentation par rapport à la souffrance qu’elle provoque. Auparavant, en France, la viande était rare aux repas des paysans, c’était bien souvent synonyme de plat de fête. Le mythe de la viande deux fois par jour est non seulement néfaste pour l’environnement mais absolument pas nécessaire à notre bonne santé.

On évoque également souvent le rôle de la viande dans l’évolution de notre cerveau. Il faut savoir que les paléoanthopologues sont eux-mêmes en plein dilemme sur cette question de nombreuses théories voient le jour. Jean-Jacques Hublin, titulaire d’une chaire au Collège de France a récemment fait une série de cours – disponibles en cliquant ici – où il évoque le rôle de la cuisson dans cette évolution. Il est vrai que jusqu’à maintenant, le fait que la viande ait joué un rôle très important dans notre développement cérébral est un fait. Le fait de devoir continuer à en consommer, surtout comme nous le faisons actuellement, trop et mal, l’est-il ? Cela reste à prouver puisqu’il existe de plus en plus de végéta*iens et véganes dans le monde. Du moment que l’alimentation est diversifiée et complémentée en B12, il n’y a visiblement pas de risque.

Buse variable dans le Morvan

« Non mais être végane, c’est vraiment un truc de bobo … »

Je rêve qu’on me donne un jour la définition exacte d’un bobo. C’est l’injure type pour critiquer quiconque, c’est un peu le joker de l’insulte.
Généralement, on qualifie de bobo toute personne gagnant de l’argent en quantité suffisante pour se permettre de ne pas compter chaque euro, qui prend son vélo, qui n’a pas de voiture, qui mange bio, qui est cadre ou artiste et qui « n’a pas les pieds sur terre ». C’est … vaste comme définition tout de même.

Cela sous-entend généralement que cela concerne uniquement les oisifs, ceux qui ont le temps d’aller dans les Biocoop, qui n’ont jamais mis un orteil dans une porcherie (la vraie, pas la chambre des enfants) et qui s’extasient devant des baies de Goji à moins de 80€ les 100g.
Sauf que, c’est faux. Nous sommes tous des individus distinctes et rassembler tous les véganes sous l’étiquette de « bobo » reste extrêmement réducteur. Il s’agit simplement d’avoir pris conscience de la souffrance qu’induit forcément la consommation d’animaux et d’avoir eu le courage de faire suivre son mode de vie à ses convictions. Bien sur, c’est plus simple de vivre comme végane dans un environnement comme Paris.
Cela est assez spécifique à la France ou à la culture latine de manière générale. Comme abordé récemment dans cet article, il existe d’autres pays où manger végétalien se révèle d’une facilité déconcertante. C’est en augmentant la demande que l’offre se pliera au véganisme et permettra à plus en plus de personnes de devenir végane plus facilement.
[Dans mon cas, je n’ai pas une minute à moi en semaine, j’habite à 30mn du premier magasin bio et je suis ouvrière – bobo végane tout de même ?]

Il existe sans doute bien davantage d’arguments que cela, je vous laisse me les proposer en commentaires et cela constituera un autre article !

1. Le Parisien – 14 Avril 2017
2. Le Porc
3. Wikipédia
4. Documentation porcine
5. Viande info

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