Toujours Charlie

Accompagnement musical proposé : Je suis Charlie – Grand Corps Malade

Accompagnement gustatif proposé : Moelleux au chocolat

Déjà trois ans.
Trois ans que, pour un dessin, des hommes sont morts assassinés en France, pays de la liberté d’expression, des Lumières, des Droits de l’Homme. Assassinés par des personnes intolérantes à l’humour, allergiques à la liberté de pensée, étriquées dans leurs certitudes, pétries dans leur suffisance et leur besoin de hurler à la face du monde qu’elles détiennent la Vérité.

La Une de Charlie Hebdo du 3 Janvier 2018

Je me souviens des bougies posées par milliers sur les bords des fenêtres, des messages sur les bras des gens, des discussions interminables sur Internet, des messages « Je suis Charlie » sur les panneaux d’autoroute, de la marche pour eux quatre jours plus tard.
Je me souviens aussi des accusations immédiates contre les musulmans, des réactions de haine envers les étrangers, de la récupération politique par la blondasse et consorts. Du petit Bismuth qui avait squatté le premier rang de défilé des politiques. Toujours si désireux d’être là où il faut être.

Pourtant je me souviens surtout de l’élan d’empathie, d’amour, de tolérance qui avait surgi. Des #NotInMyName, #JeSuisCharlie, #NotAfraid, de celles et ceux qui affirmaient qu’ils n’auraient pas leur haine, que s’ils allaient marcher le 11 Janvier c’était pour soutenir la liberté et non pas aller contre les croyants. Parce que Charlie n’est pas en croisade contre eux, il défend simplement la liberté de chacun de croire ou ne pas croire ; cela implique la possibilité de se moquer de toutes les religions. Ils n’avaient que des crayon au bout des doigts, pas des Kalach’.
Si les couvertures de Charlie continuent de déplaire aux religieux de tout poil, je dis tant pis pour eux et tant mieux pour les autres.
Que les dessins nous plaisent ou ne nous plaisent pas, là n’est pas la question : c’est autorisé, point à la ligne. Si je considère que mettre des jantes de 15 pouces sur une grosse berline est une atteinte au bon goût, ce n’est pas pour autant que j’irai mettre le feu à celle-ci. Même si c’est mérité.
Parce que, et c’est tout de même une leçon que l’on apprend dès notre 4 ans : les goûts et les couleurs ça ne se discute pas. On peut trouver Charlie Hebdo de mauvais goût, violent, vulgaire, méchant. On a le droit de le critiquer, tout comme on peut critiquer les articles de Causeur ou les acrobaties de Christophe Barbier. On a le droit de ne pas soutenir ce journal, de ne pas goûter son humour. Tout cela est permis, c’est le principe de la liberté d’expression.

Coucher de soleil sur le Morbihan

A contrario, crier au blasphème, vouloir interdire sa publication sous prétexte d’atteinte à la religion, c’est interdit par la loi. Pas compliqué tout de même ? Si des gens sont choqués devant une Une sur un prêtre pédophile ou sur Tariq Ramadan, qu’ils aillent râler dans leur coin sans appeler au meurtre ou à la censure.

Si l’idée qu’on a le droit de s’exprimer sur la religion déplaît à certains, pas de souci, y’a tout plein de pays où le blasphème où interdit voire puni de mort. En Islande, au Canada, en Grèce, en Suisse ou encore en Pologne des peines de prison et/ou des amendes peuvent être appliquées en cas de délit blasphématoires1. En Iran, la peine de mort est applicable à l’instar de l’Arabie Saoudite2.

En revanche, ce qui est interdit dans notre pays, ce sont des Fake News. Emmanuel Macron fait un joli buzz en prétendant vouloir les interdire à partir de maintenant sauf que c’est le cas depuis 1881 3 . C’est d’ailleurs la même loi qui a supprimé la notion de blasphème en France. Cette intrication des deux termes est bien vue puisque les religions sont les plus grosses et anciennes Fake News de l’Histoire. J’sais pas vous, mais si demain quelqu’un écrit qu’il a vu un type couper la mer en deux, un autre marcher sur l’eau et le dernier venir au monde d’une fille vierge, j’aurais une légère tendance à penser à un canular. De plus, si chaque croyant est persuadé de la véracité de son livre saint, cela exclut immédiatement la crédibilité de ceux des autres puisque les mythes de la création du monde diffèrent sensiblement. Des Fake News en pagaille donc.

Ce qui est amusant, c’est que sont souvent les mêmes qui, devant les preuves du réchauffement climatique, crient à la propagande écologique (ceci est un oxymore, je précise pour les nuls en littérature) et aux manipulations scientifiques. En même temps, pour eux, Dieu étant parfait, tout est forcément bien dans le meilleur des mondes.
Finalement, Dieu s’appelle Pangloss et les croyants sont candides.

1. Wikipédia
2. Wikipédia
3. Légifrance – Loi du 29 Juillet 1881

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